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genre: documentaire
Durée: 1h05
Année: 1945/1985

Synopsis: L'histoire d'un film, intitulé Memory of the Camps de Sydney Bernstein et supervisé par Alfred Hitchcock en 1945, qui devait être réalisé pour montrer l'horreur et les atrocités commises dans les camps de la mort. Hélas, le film ne verra jamais le jour ou presque. Il faudra attendre 1985 avant de voir le documentaire débarquer sur les écrans. 

La critique d'Alice In Oliver:

Difficile de raconter un film tel que La Mémoire Meurtrie, de son titre original, Memory of the Camps, qui n'est pas vraiment un "film" mais plutôt un documentaire. Tout d'abord, ce long-métrage a une histoire et s'inscrit dans un contexte particulier. Sydney Bernstein est un caméraman de l'armée britannique. Il est chargé de réaliser un film sur la libération des camps de concentration.
Dans un premier temps, il filme et recueille de nombreuses séquences du camp de Bergen-Belsen. Bien sûr, le réalisateur s'attendait à filmer des horreurs. Le seul problème, c'est que l'horreur dépasse l'entendement.

Très vite, Sidney Bernstein ne veut pas seulement réaliser un film sur la libération du camp de Bergen-Belsen. Il veut réaliser un témoignage pour l'Histoire et le Devoir de Mémoire. Le but est également de réaliser un film qui soit le plus authentique possible. Il ne s'agit pas seulement de regrouper des archives et même des photographies ou clichés sur les camps de la mort.
En effet, Sydney Bernstein pense que certains allemands pourraient contester la véracité de ces mêmes photographies. Après avoir filmé plusieurs séquences de libération de différents camps de concentration, Sydney Bernstein fait appel à Alfred Hitchcock pour superviser et monter le film.

 

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Le réalisateur britannique est horrifié par les images qu'il découvre. Le monde entier doit être alerté sur les atrocités commises par le régime nazi et le processus d'extermination des juifs. A l'époque, le but de La Mémoire Meurtrie est déjà de dénoncer la Solution Finale.
En ce sens, on peut voir ce film comme le précurseur de Nuit et Brouillard d'Alain Resnais. Hélas, le documentaire de Sydney Bernstein et d'Alfred Hitchcock ne verra jamais le jour. En effet, une fois le film présenté, le gouvernement anglais estime que toutes les séquences présentées risquent de choquer l'opinion publique. Ensuite, le contexte historique de l'époque ne se prête guère à montrer de telles horreurs.

En résumé, la vérité, aussi horrible soit-elle, ne peut être diffusée d'une manière aussi dure. A l'époque, les Alliés ont d'autres priorités, notamment de restaurer la paix le plus vite possible et opérer un processus de dézanification. L'Allemagne est K.O. debout et ce n'est pas le moment de diffuser de telles images, tout du moins, c'est l'avis des différents gouvernements européens de l'époque.
Ecoeuré, Sydney Bernstein se battra pendant des années pour que son film soit diffusé. Finalement, le réalisateur est prié de se taire et son documentaire est finalement interdit puis censuré. Encore une fois, il faudra attendre quarante années, donc 1985, pour que La Mémoire Meurtrie soit enfin diffusée.

 

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Le film s'ouvre sur une marche effectuée par Hitler devant une foule allemande. Pour le reste, La Mémoire Meurtrie réunit non seulement des séquences filmées par Sydney Bernstein lui-même (en l'occurrence la libération du camp de Bergen-Belsen), mais aussi des scènes filmées par les Alliés et l'Armée Rouge lors de la libération de différents camps de la mort, notamment Dachau, Buchenwald, Matthausen ou encore Auschwitz. En contact avec ces caméramen, Sydney Bernstein demande à ce que l'on filme tous les détails. La réalité doit être montrée, non seulement aux allemands mais en monde entier.
Le film s'appuie également sur divers témoignages des rares survivants des camps de la mort.

Dans ces différentes interviews, on nous parle évidemment des conditions de vie (ou plutôt de mort) dans les camps de concentration: des corps qui s'entassent par milliers, la puanteur, la tuberculose, les poux, une hygiène totalement absente, la famine, des cadavres tellement amaigris qu'ils ressemblent à des statues pétrifiées, les poux et bien sûr le typhus.
D'ailleurs, au moment où les camps sont libérés, les rares survivants sont pris en charge. Quand on commence à les nourrir, certains meurent car leurs organismes ne sont plus habitués à avaler de la nourriture.

 

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Les biens des Juifs étaient également récupérés par les officiers allemands: bracelets, bijoux, des livres et même des dentiers. Aucun objet n'est laissé au hasard. Certaines peaux de Juifs sont même utilisées pour confectionner des abats-jours. On retrouve même des têtes de prisonniers qui ont servi d'expérience et qui ont été réduites. Chaque jour, ce sont des centaines voire même des milliers de juifs qui partent en fumée dans les chambres à gaz. Le film de Sydney Bernstein montre déjà qu'il existe deux sortes de camp: les camps de concentration et les camps de la mort.
Sur ce dernier point, Auschwitz nous est présenté comme une véritable entreprise de la mort qui réduit ses prisonniers à l'esclavage, à la famine et à la mort.

A Auschwitz, la durée maximale de vie d'un Juif ne doit pas dépasser les trois mois d'existence. Dans ce genre de camp, les hommes et les femmes sont évidemment séparés. A partir de là, les officiers allemands opèrent à une sorte de sélection sur le "tas": certains juifs sont condamnés à travailler dans des conditions épouvantables.
Les autres sont priés de prendre un bain, tout du moins c'est ce qu'on leur dit afin d'éviter la panique. En vérité, ils sont gazés en quelques minutes. Par la suite, les corps sont brûlés. A Auschwtiz, on massacre 10 à 15 000 déportés par jour, et principalement des vieillards, des enfants et des jeunes femmes. Seuls les enfants qui sont des vrais jumeaux sont épargnés.

 

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En réalité, ils servent d'expérience pour les nazis. Parfois, il y a bien sûr quelques représailles de prisonniers, mais les nazis organisent des pendaisons publiques pour calmer les ardeurs. Bref, La Mémoire Meurtrie multiplie ce genre de témoignage choc. Réalisé en 1945, Memory of the Camps sera finalement rangé dans les archives de l'Imperial Museum of War.
Autant le dire, le film est vraiment brutal: il montre la réalité telle qu'elle a été filmée lors de la libération des camps. Le documentaire ne montre pas seulement des cadavres, des corps mutilés, brûlés ou encore des fosses ressemblant à de véritables cimetières.
Memory of the Camps montre également les autorités débarquer dans les camps et découvrir l'horrible vérité, celle qu'ils ont nié durant de nombreuses années. Autre révélation choc: le film dénonce l'aveuglément volontaire des différents gouvernements face à l'extermination massive des juifs dans les camps de la mort. Bref, un documentaire éprouvant qu'il conviendra de réserver à un public particulièrement averti.

Note: 20/20