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Genre: inclassable (interdit aux - 16 ans)
année: 1972
durée: 1h35

L'histoire: Divine vit dans une roulotte aux Etats-Unis. Objet de nombreuses convoitises, elle use de tous les moyens pour défendre sa gloire. Elle revendique en effet le titre de l'être le plus immonde de la Terre.      

la critique d'Alice In Oliver:

John Waters est le symbole même du cinéma underground américain dans toute sa splendeur. Refusant la gloire, la célébrité, l'argent et le système hollywoodien, il s'attachera tout au long de sa carrière à réaliser des films souvent étranges, inclassables, trashs, chocs, violents et indépendants.
Sa carrière en tant que réalisateur commence en 1968 avec son tout premier film, Mondo Trasho. Déjà, avec ce premier long-métrage, John Waters impose son style, à savoir un univers à la fois crade et totalement déjanté. Deux ans plus tard, donc en 1970, John Waters revient avec Multiple Maniacs. Cette fois-ci, le cinéaste appartient définitivement au genre indépendant.

Le cinéma underground est né mais n'a pas encore réussi réellement à s'imposer. 1972 est une année importante pour John Waters: il réalise un film qui va marquer à jamais sa carrière de cinéaste. Son nom ? Pink Flamingos. Ce long-métrage complètement chtarbé va largement marquer les esprits et devenir avec les années un film culte. Il va entre autres influencer le mouvement hippie et va devenir la nouvelle référence d'un nouveau style de cinéma: les Midnight Movies.
Le principe est simple: il s'agit de réaliser un film avec les moyens du bord, avec des acteurs totalement inconnus ou presque, et surtout de se démarquer totalement d'un cinéma hollywoodien stéréotypé et marqué par les valeurs de l'Oncle Sam.

Il faut donc casser ces codes profondément ancrés dans le noble Septième Art et choquer l'audimat via des pellicules trash, insolentes et totalement déjantées. Bref, bienvenue dans Pink Flamingos ! Clairement, difficile de raconter un tel film. C'est pourtant ce que je vais tenter de faire dans les lignes qui vont suivre. Attention, SPOILERS ! L'histoire se déroule dans les années 1970 à Baltimore aux Unis.
Divine – qui pour se cacher de la police se fait appeler Babs Johnson – vient d'emménager dans une caravane avec sa mère Edie, simple d'esprit qui ne vit que par amour des œufs, son fils Crackers, aux moeurs sexuelles particulières, et leur amie Cotton qui a tendance au voyeurisme.

C'est alors qu'un couple de fétichistes tout aussi abjects, empreints de jalousie, va chercher par tous les moyens à détrôner Divine. Ce sont Connie et Raymond Marble. Les Marble gèrent un trafic d'enfants : ils kidnappent de jeunes femmes qu'ils font féconder par leur majordome et les séquestrent le temps de la gestation, pour ensuite revendre les bébés à des couples lesbiens.
L'argent ainsi gagné leur sert à financer un réseau de dealers vendant de l'héroïne dans les écoles. Raymond est également exhibitionniste.
Pour accomplir leur dessein ils vont tout d'abord engager Cookie pour espionner Divine.

Encore une fois, difficile de ranger Pink Flamingos dans une catégorie particulière. En vérité, ce long-métrage OFNI (objet filmique non identifié) oscille entre la comédie noire et cynique, le drame social et le genre érotique, voire même pornographique. C'est aussi la raison pour laquelle Pink Flamingos a marqué son époque, soit le début des années 1970.
En effet, au moment de sa sortie, le film provoque le scandale et la polémique. Première raison du scandale: la star principale du film, une certaine Divine. A l'époque, le public se demande s'il s'agit d'un homme, d'un travesti, d'un transsexuel ou d'une femme. En vérité, l'acteur joue sur cette ambigüité.

Seconde raison: Pink Flamingos sort dans un contexte de libération des moeurs et prône clairement la débauche sexuelle. Ainsi, le film aborde des thèmes qui n'ont jamais été explorés par le cinéma américain, notamment le travestisme, le lesbianisme, l'exhibitionnisme et même la scatologie.
C'est par exemple le cas lorsque Divine mange l'escrément d'un chien. C'est aussi la troisième raison du scandale. Enfin, Pink Flamingos est aussi dédicacé à la (tristement célèbre) famille Manson. Probablement de la provocation totalement gratuite. Mais peu importe, Pink Flamingos ne s'adresse pas spécialement à un public déjà formaté par Hollywood et sa propagande.

Certes, aujourd'hui, Pink Flamingos a bien souffert du poids des années. Malgré tout, il reste un film unique dans son genre, car totalement barré, totalement froutraque, totalement OFNI (encore une fois) et totalement inénarrable. Le film se permet tous les délires: scatologie, meurtres, exécutions gratuites, un cul "chantant" (séquence culte !!! Enfin... si on veut !), de la vengeance, de l'inceste, des fellations.... En sachant que la plupart des scènes ne sont pas simulées.
Pink Flamingos joue et revendique la carte de l'excès. Il faut dire que le film peut compter sur sa figure de proue, donc Divine qui se considère comme l'être le plus immonde sur Terre et s'impose comme la reine (enfin le roi...) du mauvais goût. En l'état, il est difficile d'affirmer haut et fort: "J'adore Pink Flamingos !". Mais force est de constater que ce film possède une certaine force, une insolence jubilatoire et surtout quelque chose qui se perd de plus en plus dans le cinéma actuel: une âme...

Note: ?