jeu de la mort 2010

genre: émission télévisée, expérimental
année: 2010
durée: 1h35

Synopsis: Jusqu'où peut aller la télévision ? Ce programme reproduit  l'expérience scientifique de Milgram. Tout se déroule comme dans un véritable jeu télé. Un décor, une animatrice, et des candidats, qui ne sont au courant de rien. Les règles sont simples: envoyer des décharges électriques des plus en plus fortes (jusqu'à la mort) à un autre candidat.        

la critique d'Alice In Oliver:

A l'origine, Le Jeu de la Mort est un documentaire de téléréalité qui a été diffusé sur la chaîne France 2 en 2010. Téléréalité ? France 2 ? Avouez que cela ne donne pas très envie de découvrir cette fausse émission télévisée qui tient davantage du genre expérimental.
Pourtant, Le Jeu de la Mort est un véritable choc et finalement un "film" coup de poing. A la base, Le Jeu de la Mort s'inspire d'une expérience de Stanley Milgram qui s'est déroulée au début des années 1960 dans un laboratoire de l’université de Yale. Cette expérience va également inspirer le cinéma, notamment avec I comme Icare d'Henri Verneuil et avec Yves Montand.

Le but de cette expérience ? Vérifier jusqu'où va la soumission à l'autorité d'un individu. Le but du Jeu de la Mort est donc exactement le même, à quelques différences près. En effet, Le Jeu de la Mort pose une autre question: jusqu'où peut aller la télévision ?
Est-ce que l'on assistera un jour ou l'autre à la mise à mort d'une personne sur nos écrans ? Là où l'expérience de Milgram se déroulait dans un laboratoire, Le Jeu de la Mort se déroule sur un plateau de télévision avec un public (qui n'est pas tenu au courant de l'expérience), des vrais candidats et une victime, en l'occurrence un acteur.

 

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Après un entretien avec le (faux) producteur de l'émission télévisée, les candidats participent au jeu. Le but est simple: à chaque mauvaise réponse de la victime, le but est de délivrer un choc électrique à cette dernière. Le voltage est indiqué par l'animatrice télé, qui fait donc figure d'autorité: "Ne vous laissez pas impressionner, continuez !". Evidemment, la victime en question (encore une fois, un acteur) ne reçoit pas de chocs électriques. Néanmoins, à chaque choc délivré, celui-ci s'exprime, crie, hurle et peut même supplier le candidat d'arrêter. Tout dépend aussi de la puissance du choc envoyé.
Les résultats de l'expérience sont effrayants.

Dans l'expérience de Milgram, 62% des individus étaient allés jusqu'au bout de l'expérience. Dans Le Jeu de la Mort, le chiffre atteint 81%. En résumé, 81% des candidats vont jusque la mise à la mort de la victime et obéissent ainsi à l'autorité. Toutefois, il est nécessaire d'apporter quelques précisions. Comme je l'ai déjà souligné, contrairement à l'expérience de Milgram, Le Jeu de la Mort ne se déroule pas dans un laboratoire mais sur un plateau télévisé.
Le candidat n'est pas tout seul. Un public est présent autour de lui et l'autorité est présente physiquement sur le plateau. Dans l'expérience de Milgram, l'autorité était une voix qui ordonnait les ordres...

 

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Tous ces facteurs ont probablement une influence sur le résultat final, donc je le rappelle, 81%. Ensuite, il est intéressant d'observer les mécanismes qui se mettent en place chez les différents candidats, ainsi que les moyens utilisés par l'autorité pour se faire entendre et respecter.
Une fois le jeu terminé, les candidats sont invités par le (faux) producteur qui leur explique le but de cette expérience grandeur nature. Parmi eux, certains n'ont visiblement pas marché. Oui, ils sont allés jusqu'au bout, mais sans pour autant marcher dans la supercherie: en résumé, la télévision ne peut pas mettre à mort un individu. Toutefois, aucun d'entre eux n'a soulevé lar supercherie durant le jeu. 

Ils ont tout de même obéi aux ordres. Ces candidats ont donc utilisé le déni comme mécanisme de défense. C'est à partir du quatrième choc (80 volts) que tous les candidats (sans exception) émettent un rire devant la situation. Là aussi, il s'agit d'un mécanisme de défense afin de diminuer une tension. Il existe donc une véritable contradiction entre ce rire et la réalité de la situation.
En gros, plus le candidat progresse dans le jeu, plus la mise à mort de la victime apparaît comme évidente. Ce qui est inacceptable pour le candidat: de ce fait, il va mettre en place un certain nombre de stratégies et de mécanismes de défense. 

 

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A partir de 320 volts, qui est aussi le début de la zone extrême, les candidats parlent davantage et contestent de plus en plus l'autorité. Est-il nécessaire de continuer ? Ils se posent des questions sur le bien fondé et le sens de l'émission. Là aussi, il s'agit d'un mécanisme de défense.
Dans ce cas précis, l'autorité utilise une première injonction (que j'ai déjà citée): "Ne vous laissez pas impressionner, continuez !". Dans la majorité des cas, les candidats poursuivent et acceptent de délivrer un choc électrique. Rares sont ceux qui contestent réellement l'autorité. Ce qui pose une nouvelle question: vont-ils faire preuve de désobéissance à une autorité dite "légitime" ? 

L'air de rien, la désobéissance est un processus très difficile, car l'individu doit assumer jusqu'au bout son refus. Il prend le risque d'être réprimandé voire même d'être puni par l'autorité. Ce qui provoque chez lui une grande détresse psychologique. Ces candidats utilisent alors plusieurs stratégies: la négociation, l'opposition, le désaccord ou vont tenter de raisonner l'autorité, hélas sans succès.
Après cette expérience, les candidats ont tous fait part d'une grande solitude face à la situation. Malgré la présence du public, les candidats se retrouvent seuls face à eux-mêmes. Certes, le procédé mis en place par cette fausse émission est assez discutable. Néanmoins, ce "film" expérimental reste très intéressant. Finalement, nous sommes tous conditionnés depuis l'enfance à obéir à une autorité légitime, dans un premier temps parentale, puis ensuite étatique.
La contester signifie prendre un risque et s'exposer à l'avertissement voire même à la punition de cette même autorité, finalement plus forte que l'individu lui-même. C'est aussi ce qu'il faut retenir de notre propre histoire et aussi des dictatures qui nous ont gouvernés. Face à la pression exercée par une autorité de plus en plus forte et légitime, les individus, dans leur grande majorité, obéissent et se soumettent. 

note: ?