l'aurore

genre: drame
année: 1927
durée: 1h35

l'histoire: Un pêcheur s'éprend d'une citadine aux allures de vamp. Sous l'influence de celle-ci, il décide de noyer son épouse, mais change d'avis une fois sur la barque. Effrayée, la femme fuit en ville. Elle est bientôt rejointe par son mari, désireux de se faire pardonner.     

la critique d'Alice In Oliver:

Parmi les grands noms du cinéma allemand, on cite souvent Fritz Lang et Georg Wilhelm Pabst. Vient également s'ajouter Friedrich Wilhelm Murnau, à qui l'on doit de nombreux classiques du Septième Art, entre autres, Faust: une légende allemande, Le dernier des hommes, Nosferatu le vampire, Satanas ou encore La marche dans la nuit.
En 1924, au moment de la sortie du Dernier des hommes, le producteur américain, William Fox, est impressionné par le style et la mise en scène de Murnau. Il lui propose de financer son prochain film, donc L'Aurore, réalisé en 1927.

L'Aurore constitue donc le tout premier film américain de Friedrich Murnau. Le cinéaste dispose d'un budget illimité pour concevoir le long-métrage. Au niveau de la distribution, L'Aurore réunit George O'Brien, Janet Gaynor, Margaret Livingston et J. Farrell McDonald.
Au moment de sa sortie, L'Aurore obtient un joli succès (à la fois critique et publique). En effet, le film reçoit trois prix lors de la première cérémonie des Oscars en 1929: meilleure valeur artistique, meilleure actrice pour Janet Gaynor et meilleure photographie pour Charles Rosher et Karl Struss. Attention, SPOILERS !

 

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Une femme de la ville, qui passe ses vacances dans un petit village, séduit un fermier et le convainc de tuer son épouse. Mais au moment de la noyer sur le lac, il ne s'y résout point et sa femme s'enfuit dans un tramway. Il la suit et les deux s'en vont insensiblement vers la ville.
C'est là que, progressivement, ils se retrouvent, en découvrant le rire et la fête dans l'atmosphère urbaine, avant de s'en retourner chez eux. Mais une tempête les attend sur le lac. Le paysan, se croyant le seul survivant du naufrage et son épouse morte pour de bon, tente de tuer la séductrice de la ville. 

Avec L'Aurore, Friedrich Murnau ne cherche pas à raconter une histoire en particulier, même si le scénario se concentre sur les péripéties (presque exclusivement) nocturnes de deux personnages, et plus précisément de deux amoureux, donc Ansass et Indre.
Murnau se concentre essentiellement sur la photographie des scènes nocturnes qui constituent les points culminants du film. Pour l'anecdote, François Truffaut considère L'Aurore comme l'un des plus beaux films du monde. En tout cas, ce nouveau chef d'oeuvre de Murnau a bien mérité son statut de grand classique du cinéma.

 

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Certes, comme je l'ai déjà souligné, les séquences noctures constituent l'essentiel du film. Paradoxalement, L'Aurore est aussi l'oeuvre la plus lumineuse du réalisateur. Le long-métrage se divise en quatre segments bien distincts. La première partie va jusqu'à la tentative de meurtre, la seconde commence avec la fuite de l'épouse du bateau vers le tram et s'achève par le pardon à la sortie de l'église et la vision champêtre au milieu des voitures.
Puis vient la peinture comique du bonheur retrouvé des deux époux dans ce paradis irréel, ludique et exotique de la ville ; enfin, le retour vers le village oblige le héros à subir les conséquences de son intention, non exécutée, de meurtre.

A travers ce scénario parfois un peu labyrinthique, Murnau livre une véritable peinture des sentiments universels. On se situe bel et bien dans un expressionisme cinématographique. Tout comme dans le superbe Metropolis de Fritz Lang, la ville apparaît comme un endroit dangereux, angoissant, corrupteur et tentaculaire. Murnau oppose sans cesse les jeux d'ombres et de lumière.
On retrouve donc cette dichotomie entre le bien et le mal, et plus précisément le flou qui règne entre divers sentiments humains. Selon Murnau, l'amour et la haine peuvent être confondus. C'est exactement ce que montre le cinéaste à travers le parcours initiatique d'Ansass pour retrouver sa femme (qu'il a tenté de tuer). Bref, un tel chef d'oeuvre, infiniment complexe, mériterait sans doute un meilleur niveau d'analyse, mais ne l'oubliez pas, vous êtes sur Naveton Cinéma !

note: 20/20


Oblio-All'una di notte-Sunrise- L'aurore-Murnau par obliomusica