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Réalisateur : Robert Wise

 

Genre : SF

 

Durée : 132 minutes/136 minutes (director's cut)/143 minutes (TV) (IMDb)

 

Année : 1979

 

L'histoire : L'équipage du vaisseau de l'Entreprise part intercepter un vaisseau dangereux qui se rapproche de la Terre…

 

La critique d'Hdef :

En 1979, la carrière de Robert Wise touche à sa fin. En effet, le cinéaste, autrefois auteur de La Malédiction des hommes-chats, West Side Story, La Mélodie du bonheur, Le Coup de l’escalier et bien d’autres encore vient de connaître une poignée d’échecs commerciaux d’envergure comme celui de Star ! en 1968, lequel a entrainé des pertes sèches de 4 millions de dollars. Le cinéaste est mis sur la touche. Malgré le succès de son film suivant, Le Mystère Andromède (1971) qui remporte près du double de ce qu’il a coûté, Robert Wise ne retrouve pas son éclat d’autrefois. C’est le début de la fin… Tournant coup sur coup une succession de navets comme Brève rencontre à Paris, remake foireux du superbe Brève rencontre (1945) de David Lean, L’Odyssée du Hindenburg, film d’aventures vieillot et même un film fantastique grand guignol, Audrey Rose avec Anthony Hopkins et Marsha Mason (Le Maître de guerre de Clint Eastwood). C’est après cet énième flop que l’on propose à Robert Wise de porter sur le grand écran la célèbre série télévisée startée en 1966. Le film requiert de gros moyens, mis à la disposition du cinéaste par un budget de 35M$, une somme considérable pour l’époque. Le film aura d’ailleurs bien du mal à rentrer dans ses frais, avec moins de 40M$ de recettes sur le sol américain. Toutefois, le film se stabilisera largement à l’international avec près de 150M$ amassés (IMDb).

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Clairement, il n’est nul besoin d’être un professionnel pour deviner où sont passés ces 35M$, tant la fiche technique est impressionnante : Jerry Goldsmith est à la musique (on notera d’ailleurs que sa partition semble copiée sur celle de John Williams pour Star Wars) et Douglas Trumbull (réalisateur de Silent Running, il s’était fait connaître en supervisant les effets spéciaux de films tels que 2001 et Rencontres du troisième type mais aussi Le Mystère Andromède, également de Robert Wise) supervise les effets spéciaux. Devant la caméra défilent William Shatner (voire à son sujet le Mad Movies n°235), connu pour Les Frères Karamazov de Richard Brooks, Jugement à Nuremberg de Stanley Kramer et L’Horrible invasion de John « Bud » Cardos, Leonard Nimoy (Transformers 3 – la face cachée de la Lune), DeForest Kelley (Règlement de comptes à OK Corral), ou encore George Takei (Les Bérets verts, Mulan 2).

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La plupart du temps, Star Trek, le film est considéré comme un rendez-vous manqué, une adaptation « indigne », ne faisant pas honneur à la série originelle (que je n’ai par ailleurs jamais vue). Bien que n’étant pas expert en la matière (et n’ayant pas la prétention de l’être), je trouve ce jugement fort sévère et hâtif, tant Star Trek, le film recèle un nombre de surprises que l’on aurait tort de négliger. Cela étant, je peux comprendre les détracteurs du film : le long-métrage de Robert Wise a effectivement beaucoup vieilli, notamment dans ses effets spéciaux (la scène de la sonde qui fait disparaître Illia est un grand moment de rigolade) mais aussi dans ses décors (ceux de la planète de Spock, au début) qui font aujourd’hui vraiment « toc ». En outre, le huis clos dans le vaisseau de l’ « Entreprise » peut vite se révéler chiant, d’autant que le long-métrage additionne un certain nombre de longueurs et multiplie les sous-intrigues comme la rivalité entre Kirk et Decker, rivalité dont on se tape au vu du manque de profondeur donné à ces deux personnages. Enfin, on évoquera une tentative assez ratée du cinéaste de donner à son univers un aspect mythologique ainsi qu’une introduction avec les klingons plus bis que bis qui est censée évoquer La Guerre des étoiles mais rappelle au fantasticophile d’avantage L’Invasion vient de Mars et l’ouverture des Critters de Stephen Herek. Toutefois, il serait fort dommage de réduire Star Trek : The Motion Picture (titre en VO) à ces scories, le film de Wise allant bien au-devant de ces menus défauts. En effet, il faut tout de même noter que l’exploration de la machine vivante que constitue V’Ger est d’une beauté rare, d’autant que le cinéaste apporte un grand soin à la photographie, ici signée par Richard H. Kline, que l’on retrouve dans de nombreux classiques des années 60 et 70, tels L’Étrangleur de Boston, Pendez-les haut et court, Soleil vert, La Bataille de la planète des singes, King Kong et Furie.

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Et puis il y a une histoire d’amour. La plus belle qu’il m’ait jamais été donné de voir sur un écran. Une histoire d’amour entre un homme (Decker) et une femme (Illia, qui évoque la créature de Splice). Quand cette femme disparaît, il décide de « fusionner » avec elle et de vouer le reste de sa vie à l’adoration de son double mécanique, et ce dans l’infini spatial, sous une autre forme. Illia représentant la femme parfaite et Decker l’idéal masculin. La fin du film, qui voit les deux personnages s’unir pour l’éternité dans une explosion spectaculaire symbolisant un coup de foudre, puis fusionner et disparaître, est bouleversante. Ce sacrifice évoque vaguement d’ailleurs celui de Spock à la fin de Star Trek 2 : la colère de Khan, souvent considéré comme le meilleur opus de la saga. Et derrière cette histoire d’amour splendide se cache aussi une réflexion sur la machine. Peut-on aimer une machine comme un être humain, à partir du moment où la machine en question est à l’image de sa bien-aimée ? Et surtout une machine est-elle capable de ressentir de l’amour, de la peur, de la joie, bref, des sentiments à la base de l’être humain ? En posant ces questions quasi philosophiques, Robert Wise devance, l’air de rien, des chefs d’œuvres fondateurs de la SF tels que Blade Runner et Matrix.

En ce qui concerne finalement cette adaptation sur grand écran de Star Trek, on peut se demander dans quelle(s) mesure(s) le film appartient au « space opéra », vu que la majorité du long-métrage, voire sa quasi-totalité se déroule à l’intérieur de vaisseau. À l’inverse de Star Wars, nous n’assisterons pas ici à des combats interstellaires entre différents vaisseaux. Cela dit, la façon qu’a Robert Wise (déjà rodé dans le domaine de la SF grâce au formidable Le Jour où la Terre s’arrêtera) de magnifier les vaisseaux spatiaux par de lents panoramiques sublimant leur imposante taille pourrait tout de même faire entrer le film au panthéon du genre. Il s’agit ici d’un vaste débat pour lequel je ne connais pas assez bien le space opéra (je n’ai même pas vu L’Attaque des clones ni La Revanche des Siths) pour donner un avis digne d’intérêt. Toutefois, je pense que Star Trek, le film peut entrer dans cette catégorie, même s’il épouse moins le spectaculaire que la trilogie mythique de George Lucas.

 

En conclusion, Star Trek, le film est pour moi un petit chef d’œuvre méconnu et sous-estimé de la SF qui mérite d’être redécouvert dans les plus brefs délais.

 

Note : 17/20