detour

genre: drame
année: 1945
durée: 1h05

l'histoire: Un pianiste de bar va, malgré lui, prendre l'identité d'un automobiliste qui après l'avoir pris en stop est mort subitement. L'automobiliste en question est l'héritier d'un millionnaire mourant, que sa famille n'a pas revu depuis des années.  

la critique d'Alice In Oliver:

A l'origine, Détour, réalisé par Edgar George Ulmer en 1945, est l'adaptation d'un roman éponyme de Martin Goldsmith. Le moins que l'on puisse dire c'est que ce film noir fait partie des "mal aimés" du cinéma. En effet, tourné comme une série B avec un modeste budget, Détour recueille surtout des critiques négatives au moment de sa sortie.
Toutefois, avec le temps et le poids des années, certaines critiques se ravisent. Mieux encore, Détour commence à compter de nombreux fans. Certains parlent même d'un véritable classique du cinéma et d'une oeuvre incroyablement sous-estimée.

Que les choses soient claires: j'appartiens à la seconde catégorie. Autrefois boudé par les critiques et le public, Détour fait aujourd'hui partie des films de prestige. Nul doute que cette oeuvre noire a probablement influencé Rod Serling pour la série télévisée La Quatrième Dimension, et notamment pour l'épisode L'Auto-Stoppeur. Pourtant, encore une fois, le réalisateur, Edgar George Ulmer, devra composer avec les moyens du bord, soit trois francs six sous.
Contraint à peu de prises par manque de budget, Edgar George Ulmer prit la décision de privilégier la narration aux dépens de la continuité. Un exemple notable est l'inversion visuelle des séquences d'auto-stop.

Detour (1945) 2

Dans le but d'accorder le périple de New York à Los Angeles du héros au mouvement de droite à gauche à travers l'écran, de nombreux plans furent retournés en miroir. Ce qui fait apparaître les voitures sur le côté gauche de la route et l'auto-stoppeur monte du côté du conducteur.
Nouvelle anecdote et pas des moindres: Edgar Georges Ulmer sera contraint d'obéir aux exigences de la censure. En effet, à l'époque, le code de censure de l'époque exige que les meurtriers soient traduits en justice dans tous les films produits. Ulmer dut alors se résoudre à achever son film par l'arrestation de l'infortuné auto-stoppeur après l'avoir lui-même prédit.

Voilà autant d'anecdotes qui font de Détour un film maudit. Difficile par ailleurs de le ranger dans une catégorie précise: est-ce un film noir, un drame, un road-movie ou encore un film à la frontière du fantastique ? Avant tout, Détour est une oeuvre profondément torturée, sombre, sans espoir et mélancolique. Pourtant, à la base, le scénario est de facture simpliste.
Attention, SPOILERS ! Un pianiste de bar, Al Roberts, part en stop rejoindre sa fiancée en Californie. Sur la route, un inconnu en décapotable le prend. Ayant pris le volant, Al s'arrête pour remettre la capote sous la pluie et découvre que le propriétaire de la voiture est mort dans son sommeil.

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Paniqué, il jette le corps et reprend vite la route. Il s'arrête bientôt à son tour pour une auto-stoppeuse, la femme fatale Vera, mais celle-ci menace de le dénoncer pour le meurtre présumé à moins qu'il n'assume l'identité du mort pour toucher un héritage.
Dès les premières minutes du film, les choses sont claires et presque évidentes: le héros principal du film, donc Al Roberts, est condamné à mort, tout du moins à un chemin funeste qui ne peut le conduire que vers la fatalité. En résumé, ne vous attendez pas à voir un happy-end !
Encore une fois, Détour est un film noir, désespéré et profondément torturé à travers l'histoire de ce jeune homme qui cherche avant tout à rentrer chez lui et à retrouver sa fiancée.

Il n'y parviendra hélas jamais. Plus que jamais, Détour s'apparente à une sorte d'allégorie sur le destin et le chemin de la vie qui, comme le titre du film l'indique, ne sont qu'une successions de détours dont on ne maîtrise jamais (ou presque) la trajectoire.
Pourtant, Edgar George Ulmer cherche à tromper son monde. De ce fait, Détour prend plusieurs directions surprenantes. Dans la première partie, le long-métrage s'apparente à une fuite mais avec un retour possible. Néanmoins, les choses se gâtent lorsque Al Roberts rencontre la belle Vera. C'est la seconde partie du film.

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On croit alors assister à une sorte de remake de Bonnie and Clyde. Mais là encore, le long-métrage change à nouveau de direction et se transforme presque en film fantastique. On se croirait presque dans un épisode de La Quatrième Dimension, comme si notre héros était inlassablement poursuivi par la malchance. De ce fait, la fin du film laisse suggérer plusieurs façons de percevoir Détour, à savoir comme une sorte de métaphore particulièrement pessimiste sur le destin ou encore comme une histoire racontée par un criminel mythomane, qui balancerait cette succession de péripéties malchanceuses pour soulager sa conscience. L'air de rien, Détour est donc une oeuvre beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît et qui mérite largement de figurer dans le haut du panier.

note: 16/20