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genre: drame, biopic, historique
année: 1966
durée: 2h30

l'histoire: Un artiste peintre d'icones au XVe siecle tente de prouver que l'art est a l'avant-garde de toute transformation.   

la critique de Koamae:

On a souvent tendance à l'oublier; pourtant, le fait que ce film ait pu parvenir à nous, cinéphiles du XXIème siècle, est un miracle. Andrei Tarkovski est un réalisateur maudit par excellence, et il aura rarement été aussi maudit qu'avec ce film. Malgré tout, un chance inouïe fera que le film dont nous allons parler maintenant existe bel et bien. Andrei Tarkovski a démarré sa carrière de cinéaste de manière forte, en 1962, avec un superbe film de guerre pacifiste déjà abordé ici, L'Enfance D'Ivan.
Pourtant, à travers ce coup d'essai, le style Tarkovskien n'est pas encore trop défini. Il faut pour Tarkovski s'imposer véritablement à travers un chef d'oeuvre. Le soviétique est fasciné par un autre Andrei, Roublev celui-là: un peintre-moine du XVème siècle, et décide de romancer sa vie. Un jour, le script tout juste terminé, il prend un taxi avec son oeuvre noire sur blanc dans les mains.
Mais quand il descend, Tarko s'aperçoit... qu'il a oublié le script dans le taxi. C'est la dèche complète, le néant. Il décide d'aller se prendre une murge pour oublier. Deux heures plus tard, quand Tarkovski sort du bar, un taxi s'arrête devant lui... C'est le même, qui vient pour lui rapporter son script. Un cul monstre ! Et une histoire tout à fait vraie, racontée par Tarko lui-même quelques années plus tard...
Le film est terminé en 1966, mais pour le cinéaste, les emmerdes ne sont pas finies. Car maintenant, il se frotte à la censure soviétique ! Le film, pour son côté historique douteux et violent, est censuré. Finalement, il est projeté à Cannes en 1969, année de sa sortie internationale... Mais il ne sortira en URSS qu'en 1971. Film maudit et chanceux à la fois, qui fait déjà de cet Andrei Roublev un véritable objet de culte.

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Andrei Roublev est donc le deuxième film de Tarkovski, encore une fois en noir et blanc. Un noir et blanc sublime et travaillé au possible. Pour la première fois, le réalisateur embauche son acteur favori, Anatoli Solonitsyne (alias Stalker dans le film du même nom, Sartorius dans Solaris...), ainsi qu'un autre avec qui il tournera souvent, mais pour des rôles secondaires: Nikolaï Grinko. Du reste, la distribution est très méconnue. Andrei Roublev est également le film le plus long de Tarko, et il faut noter qu'il a reçu plusieurs montages au fil du temps.
A sa sortie en 1969, le film dure quasiment 3h30 ! Puis très vite, d'autres moutures apparaîtront pour la dsitribution: 2h30, 2h45... Finalement, le montage définitif du film est de 3 heures, ce qui est déjà très long pour un film de ce genre ! Si ce chef d'oeuvre, désormais véritable classique du cinéma russe, peut sembler être un biopic, il ne l'est pas: en effet, bien que se basant sur des personnages réels, Andrei Roublev est romancé de bout en bout. Et d'ailleurs, le film ne dépeint (le cas de le dire !) pas toute la vie du moine peintre... Andrei Roublev est un film à courts-métrages, retraçant des épisodes seulement de la vie de l'intéressé. Un prologue, huit parties, et un épilogue. Pour des moments de vie allant de l'an 1400 à 1423. Un projet gigantesque, donc !

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Le film est marquant dans son intégralité, et passé un prologue déjà superbe, plusieurs parties finissent par hanter le spectateur. Comment oublier cette première demi-heure remarquable, L'Histrion, ou Andrei et ses frères errent au milieu de nulle part, avant de tomber sur quelques pouilleux se moquant des boyards, les aristocrates russes de l'époque... Scénaristiquement, les scènes sont simples, mais comme toujours chez Tarkovski, tout se joue dans l'image, l'importance accordée aux détails et au tournage. Théophane Le Grec est une partie importante du film, durant laquelle Roublev est envoyé à Moscou pour peindre une cathédrale. S'ensuit La Passion Selon Saint Andreï, segment très religieux et bavard, mais pas inintéressant pour autant, posant le cadre des scènes philosophiques chères à Tarkovski, et s'achevant sur une immense reconstitution christique.
Puis, La Fête, partie mystique et violente où Andrei et son équipe assistent à une fête païenne et où Andrei est fait prisonnier sur la croix, avant d'être libéré par une jeune fille. Il était temps, car des soldats arriveront pour massacrer les païens... Le Jugement Dernier, bien plus posé malgré son titre, se tient entièrement dans l'église en construction de Vladimir, où Andrei, ses apprentis et ses artisans sont censés peindre une reconstitution du Jugement Dernier. Mais Andrei en est incapable, car il ne veut pas terroriser les gens, se souvenant d'un moment terrible de sa vie lors duquel un prince fit crever les yeux des artisans pour les empêcher de reproduire les oeuvres qu'ils avaient crées...

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Le Sac est la partie la plus féroce et violente du film, qui montre les Tatars envahir et détruire Vladimir. En tentant de protéger une jeune fille, Durochka, de son potentiel violeur tatar, Andrei tue celui-ci, ce qui pertrube profondément sa vie de moine. Il décidera à partir de là de se retirer et de faire voeu de silence. Le Silence, justement, montre Roublev qui est retourné au monsatère en ne disant mot. Il retrouve dans un état minable son ancien compagnon Cyril.
Enfin, La Cloche, segment le plus long du film, où un jeune homme doit construire une cloche, héritage paternel oblige, en sachant que s'il échoue, il sera éxécuté. Andrei, errant dans le silence, observe jour après jour la construction de la cloche... L'épilogue, enfin, est en couleurs, et montre des oeuvres d'Andrei Roublev. Une conclusion en forme d'hommage prenant et magnifique.

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Parfois violent, Andrei Roublev saisit le spectateur jusqu'au bout, est un témoignage remarquable. La mise en scène, comme toujours chez Tarkovski, est immense, les acteurs aussi. Malgré ses trois heures, rien n'est à retirer, tout est sublimé par la verve d'un fantastique cinéaste, l'un des seuls au monde à n'avoir signé absolument aucun mauvais film. Dire que celui-ci n'est même pas son meilleur... C'est en tous cas l'un de ses plus marquants et de ses plus reconnus, qui permet à Tarkovski de s'affirmer. Un sommet.

note: 20/20

critique disponible sur Le ciné de Koa: http://lecinedekoa.canalblog.com/

Koamae, également auteur sur ce blog, m'a permis de transférer sa chronique ici. Un grand merci à lui !