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genre: drame
Année: 1970
durée: 1h25

l'histoire: L'histoire d'un enfant, capturé comme un animal par des paysans, et amené au Docteur Itard, à Paris. L'enfant sauvage semble être sourd et muet. Le monde scientifique le considère comme un attardé qui a, pour cette raison, été abandonné. Toutefois, le Docteur Itard pense que ce qui apparaît comme un retard mental est le résultat de l'absence de contact avec les hommes.           

la critique d'Alice In Oliver:

Le cas de Victor de l'Aveyron a traversé l'histoire et les siècles. Il n'est donc pas très étonnant que le cas atypique de ce jeune adolescent (on ne connaît pas exactement son âge mais on estime qu'il doit avoir entre 10 et 12 ans) ait profondément bouleversé le réalisateur, François Truffaut.
Par le passé, le cinéaste s'est déjà intéressé au monde difficile de l'enfance, notamment via Les Quatre Cents Coups. Mais avec L'Enfant Sauvage, réalisé en 1970, François Truffaut aborde un sujet complexe, à savoir l'évolution et l'éducation d'un sauvageon recueilli par notre société moderne.

Aussi est-il nécessaire de rappeler les grandes lignes du scénario. Attention, SPOILERS ! Un jour, dans la forêt, un enfant est capturé comme un animal par des paysans, et amené au Docteur Itard, à Paris. L'enfant sauvage semble être sourd et muet.
Le monde scientifique le considère, très majoritairement, comme un attardé qui a, pour cette raison, été abandonné. Toutefois, le Docteur Itard pense que ce qui apparaît comme un retard mental est le résultat de l'absence de contact avec les hommes.

 

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Il va lui apprendre le quotidien d'une vie d'enfant civilisé et le faire émerger de sa primitive animalité en lui enseignant ce qu'est le langage. Difficiles épreuves mais l'enfant sauvage articule quelques sons qui ont pour lui un sens. Victor devient son nom.
Il acquiert peu à peu une humanité touchante. Paradoxalement, le médecin connaît toutes les difficultés à sortir cet enfant de son mutisme profond. Vous l'avez donc compris: le scénario de L'Enfant Sauvage s'inspire évidemment de la véritable histoire de Victor de l'Aveyron.

Au niveau de la distribution, ce drame réunit François Truffaut lui-même (donc à la fois devant et derrière la caméra), Françoise Seigner, Jean Dasté, Claude Miller et Jean-François Stévenin. Quant à Jean-Pierre Cargol, il interprète le petit sauvageon.
Sur ce dernier point, le jeune acteur livre une excellente composition, voire même exceptionnelle. Même remarque pour François Truffaut, qui fait preuve d'une grande humanité dans le rôle du Docteur Itard. Le film suit donc l'éducation de ce petit être atypique, qui interroge évidemment la communauté scientifique.

 

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A partir de là, François Truffaut aborde plusieurs thématiques passionnantes, entre autres, la différence entre l'inné et l'acquis. En résumé, Victor a vécu la plus grande partie de sa vie parmi la nature sauvage et animale. Peut-il alors s'adapter à la vie humaine ?
A ce sujet, L'Enfant Sauvage constitue le film le plus anthropologique de François Truffaut. Plus que jamais, la nature est vue comme une source primitive et de régression. Tout du moins, c'est la vision de notre société moderne. D'ailleurs, Truffaut pose aussi la question des valeurs qui sont véhiculées par notre société, à savoir si ces mêmes valeurs sont bien celles d'une société dite "moderne".

Sur ce dernier point, force est de constater que le cas de Victor interroge le Docteur Itard. Que peut-il réellement lui enseigner ? A ce sujet, Truffaut véhicule de grands messages humanistes. En ce sens, L'Enfant Sauvage apparaît comme une version romancée de l'histoire de Victor de l'Aveyron. Toujours est-il que le médecin a une approche scientifique.
Ce sont donc le langage, les signes et les symboles mathématiques qui vont être les sources du progrès pour Victor.

 

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Pourtant, sur le fond, François Truffaut confronte sans cesse deux points de vue: celui de la société, définitivement carthésienne, et qui cherche à tout prix à comprendre le cas de Victor, et celui de la nature, véritable source des pulsions les plus primitives.
Paradoxalement, cette primitivité est aussi synonyme de liberté. A cet égard, plus d'une fois, Victor sera tenté par un retour à l'extérieur et par une sorte de communion avec Dame Nature. Ce qui suscite une autre question: la société moderne libère-t-elle réellement un individu ?

Si dans le film, Victor accomplit des progrès remarquables, il n'en reste pas moins une sorte de curiosité expérimentale, incapable d'exprimer le moindre mot et de choisir le chemin qui lui convient le mieux: celle de notre société ou celle de la nature ? C'est finalement une question qui revient sans cesse et qui est le socle de cette oeuvre passionnante, bouleversante et touchante.
Bref, un tel film suscite de nombreuses interrogations et mérite sans aucun doute un meilleur niveau d'analyse. Personnellement, je le considère comme le chef d'oeuvre absolu de François Truffaut, encore une fois, remarquable d'humanisme. Un superbe film... mais je me répète !

Note: 20/20