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Genre : film catastrophe...

Année : 1970

Durée : 91 minutes

 

L'histoire : Novembre 1969 : cela faisait plus de trois ans que les Stones n'avaient pas effectué de tournée américaine. La tournée est un triomphe absolu, et un concert gratuit est organisé pour récompenser la fidélité du public. Ce concert doit avoir lieu sur le circuit automobile d'Altamont en Californie, le 6 décembre 1969... Les frères Maysles qui avaient suivi la tournée pour en garder une trace filmique vont en tirer un document pour le moins inattendu...

 

La critique de Leslie Barsonsec :

Ah, les Stones... Une petite mise en garde pour commencer : ne comptez pas sur moi pour faire dans la mesure et la dentelle quand il s'agit de parler de "The Greatest Band In The World", surtout filmé à cette époque!

Bon, ça c'est fait... Venons en au film! "Gimme Shelter" est une oeuvre qui risque fort de rebuter celui ou celle qui s'attend à un concert filmé.
La musique y joue un rôle important certes, mais au même titre que les préparatifs juridiques du concert d'Altamont (j'en vois dèja qui baillent dans le fond!), des scènes dans les mythiques studios de Muscle Shoals ou des frères Maysles ("Ta gueule! Du roooock!!!"), et divers passages dans des chambres d'hôtel...

D'ailleurs, commencons par la musique car elle est finalement l'aspect le plus secondaire du film ! Autant le dire tout de suite, on est en présence d'un groupe souverain qui tronçonne ses morceaux avec une classe et une arrogance innée. Les morceaux filmés au Garden montrent à merveille la métamorphose des Stones entre 1966 et 1969 : finie la joliesse des mélodies élizabethaines à la "Lady Jane" ou "Ruby Tuesday", finie les égarements psyché...
Ici, on entend un rock lourd gorgé de blues, soutenu par l'imperturbable rythmique de Charlie Watts (Jagger : "Charlie's good tonight, ain't he?") et Wyman, et enjolivé par les guitares assassines d'un des plus beaux duos de six-cordes de l'histoire du rock : Keith Richards-Mick Taylor. Avec l'arrivée de ce dernier, le groupe est désormais une Ferrari qui aurait enfin trouvé son moteur !

L'identité visuelle du groupe a changé aussi : Jagger est parfait en Mr Déloyal qui a troqué ses costumes Carnaby Street pour une bonne grosse combi moule-burnes luciferienne, le tout réhaussé d'un couvre-chef "Stars and Stripes", Richards a adopté un look "romano-chic" qui va influencer bien des "Keith-wannabees" à venir...

On entend en particulier deux morceaux merveilleux : un "Love In Vain" magique où Taylor prend un solo lacrymal et magistral (et ces gros plans au ralenti sur Jagger...), et un "Street Fighting Man" furibard qui n'a jamais aussi bien collé à sa thématique. A noter également un morceau d'Ike and Tina Turner (leur première partie...tu parles d'une affiche ! En comparaison, en 95, c'était Bon Jovi!!!) : un "I've been loving you too long" emprunté à Otis, mais complètement dévoyé : pour être clair, cette version sent le cul !!! Non, pas l'amour, mais le sexe le plus primal !!! (avec Jagger qui en rajoute dans la cabine de montage en rajoutant des "Fuck It" par dessus les "Suck It" de Tina !!!)

Les scènes dans les chambres d'hôtel ne sont guère plus qu'anecdotiques... Par contre, à Muscle Shoals, on assiste à une écoute de ce qui deviendra "Wild Horses", et là, c'est total éclate : les yeux vitreux de Jagger, les boots en croco de Keith écroulé sur la moquette...

Les interviews des zicos avec les frères Maysles quant au montage sont assez amusantes : Wyman et Taylor n'ont pas le droit de parler, Watts s'emmerde comme un rat mort ("Quoi? Huit semaines? Pfff...")... Seul Jagger semble impliqué dans le projet...

Pour finir, le plat de résistance : Altamont!!! On assiste aux démélés du groupe et de ses représentants face aux autorités locales, aux propriétaires terriens ("si un seul brin d'herbe est arraché, vous allez payer!!!").
Initialement prévu au Golden Gate Park de Frisco, le concert est déplacé sur le circuit d'Altamont à une cinquantaine de kilomètres...

Et là, c'est la foire à la saucisse! On y voit des épaves raides défoncées en plein bad trip, des mecs qui se foutent à poil malgré la température négative, un dealer qui fait ses annonces ("Haschich ! LSD ! Psylocibin !"), des mecs qui cherchent à frapper Jagger ("Je te hais connard!!!")...
Le tout chapeauté par, tenez-vous bien !, les...Hells Angels engagés pour faire le service d'ordre sur les conseils du Grateful Dead (quelle bande de cons !!!)! Ceux-ci passant leur temps à picoler, à foncer dans le tas avec leurs bécanes, et à cogner quiconque n'est pas d'accord avec eux  grâce à leurs queues de billard ferrées...(dont le pauvre Marty Balin du Jefferson Airplane...)

Dans ces circonstances dramatiques, le groupe monte quand même sur scène la nuit venue, et ce qui devait arriver arriva...
Meredith Hunter, un jeune noir de 18 ans, fut poignardé à mort par les Hells : il est vrai qu'il était sur le point de sortir son flingue à quelques mètres de la scène... (note aux jounaleux incompétents : non, les Stones ne jouaient pas "Sympathy For The Devil", mais "Under My Thumb" à ce moment-là!)

Les pathétiques appels au calme lancés par Grace Slick, Jagger ou Richards ne changeront rien à ce jour maudit..."Gimme Shelter" montre comment un groupe peut voir la situation lui échapper, malgré sa notoriété...
Initialement prévu comme une réponse à "Woodstock", "Gimme Shelter" incarnera son frère jumeau maudit. Comme le chantait le Blue Oyster Cult : "This ain't the summer of love"... et ce film enterre en grandes pompes tous les beaux idéaux hippies!

Note : 19,5/20 (je vous avais prévenu, l'objectivité totale ne serait pas mon fort!)