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Genre : Documentaire

Année : 2009

Durée : 1H40

L’histoire : En 1975, Mohammed Ali fait vibrer les foules, sa victoire sur George Foreman suscite toujours le débat et la passion. Mais il lui reste encore à régler ses comptes avec Joe Frazier son éternel rival. Les deux hommes se sont battus à deux reprises et ont chacun obtenu une victoire. Il faut désormais les départager. Don King organise alors « Thrilla in Manila », un combat qui allait rentrer dans la légende de la boxe comme l’un des plus grands affrontements de l’histoire mais aussi l’un des plus violents. La conclusion finale de la plus grande rivalité de l’histoire de la boxe.  

La critique de Vince12 :

Ali, Frazier, deux très grands noms de la boxe, des légendes du ring mais aussi des rivaux acharnés qui nous ont offert des affrontements qui comptent parmi les plus titanesques de l’histoire. Il y a peu de temps, When We Were Kings, un excellent documentaire, a été chroniqué ici. Ce documentaire racontait l’histoire du légendaire « Rumble in the Jungle », le combat entre Mohammed Ali et George Foreman.
On pouvait se dire qu’après cet immense affrontement, Ali avait atteint son apogée, qu’il avait signé son plus grand combat.
Pourtant, un an après « Rumble in the Jungle », un affrontement bien plus impressionnant et bien plus titanesque a lieu : « Thrilla in Manila », la belle entre Ali et Frazier, leur ultime affrontement et sans conteste un des cinq plus grands combats de boxe de l’histoire. C’est cet affrontement que raconte Ali vs Frazier, des coups au-delà du ring, également connu sous le nom de Thriller In Manila.
Mais le documentaire ne revient pas uniquement sur le combat mais aussi sur la rivalité entre les deux hommes.
En un sens, il sert de contrepoids à When We Were Kings car il montre une facette plus sombre d’Ali.

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ATTENTION SPOILERS !

En 1975, Ali est encore auréolé de sa victoire spectaculaire sur George Foreman, il est considéré comme le plus grand boxeur au monde.
Cependant, des journalistes remettent sur le tapis sa rivalité avec Joe Frazier. Les deux hommes se sont rencontrés deux fois et ont chacun acquis une victoire. Mais alors qui est le plus fort des deux ?
Un seul moyen de le savoir, un troisième et dernier affrontement entre ces deux légendes. Don King, le célèbre promoteur organise « Thrilla in Manila ».
Comme son nom l’indique, l’affrontement a lieu à Manille, dans la même idée que le célèbre « Foreman vs Ali » à Kinshasa.
Le président Ferdinand Marcos, tout comme Mobutu à Kinshasa, veut faire la promotion du pays, et occuper l’esprit du peuple pour chasser les idées de révolte.
Ali est la star et reçoit un superbe accueil à l’aéroport, alors que Frazier n’aura droit qu’à un comité réduit. Dés le début l’ambiance est tendue.
Ali rend visite à Frazier durant son entraînement pour le provoquer et l’insulter, comme à son habitude, enfin pas tout à fait car ici Ali se montre bien plus cruel et offensant que envers ses autres adversaires, tout simplement parce qu’il hait Frazier et cette haine est réciproque. En effet, les deux hommes se détestent.
Pourtant, huit ans avant cette rencontre ils étaient amis.

En 1967, Ali refusa de partir faire la guerre du Vietnam. Cela choqua énormément d’américains qui le traiteront de traître.
Le gouvernement retirera à Ali son titre de champion du monde des poids lourds mais aussi sa licence de boxeur professionnel.
Seul, ruiné, l’ex-champion était dans une mauvaise situation. Pourtant, quelqu’un l’a soutenu, et ce quelqu’un, c’est Joe Frazier qui aidera Ali moralement mais aussi financièrement.

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Frazier se battra pour aider Ali à récupérer sa licence de boxeur professionnel. Tout cela, il l’a fait pour Ali mais aussi pour lui.
En effet, en 1970, Frazier devient champion du monde des poids lourds, officiellement car dans l’esprit des gens, le champion absolu, c’est Ali à qui on a « injustement retiré son titre ». Car au début des seventies, la tendance change et les gens sont désormais contre la guerre du Vietnam. De ce fait, Ali retrouve sa notoriété auprès du peuple qui le voit désormais comme le vrai champion.

Frazier comprend que pour être crédible, il doit vaincre Ali. C’est aussi la raison qui le pousse à aider ce dernier en allant parler au président actuel des Etats-Unis, Richard Nixon. En 1970, Ali récupère sa licence de boxeur et fait son retour sur les rings. A partir de là, son attitude envers Frazier change profondément.
Ali se met à l’insulter et à l’humilier dans la presse. Son comportement décevra énormément Frazier qui se sentira trahi par l’homme qu’il a aidé.

En 1971, l’affrontement entre les deux hommes a lieu, c’est le match le plus attendu. Pour la première fois dans l’histoire de la boxe, deux champions du monde invaincus se rencontrent. Tout oppose les deux hommes.
D’un côté Ali grand, styliste, mobile, rapide, arrogant, musulman et violemment opposé au gouvernement. De l’autre côté, Frazier, petit, puncher, peu mobile, puissant, modeste, chrétien et qui n’est pas en conflit avec le gouvernement.
A l’image des deux boxeurs, l’Amérique se divise en deux, les fans d’Ali et ceux de Frazier. Ce match appelé « Le combat du siècle » se déroule au Madison Square Garden. Ali est le favori et semble avoir les spectateurs dans sa poche.
Il domine les premiers rounds et se permet d’humilier Frazier. Mais « Smoking Joe » comme on le surnomme revient à la charge et percute Ali avec son célèbre crochet du gauche. Il prend alors l’avantage et le match se prolonge.
Soudain, au quinzième et dernier round, Frazier décoche un formidable crochet du gauche à son adversaire qui va au tapis.
Ali se relève et parvient à tenir jusqu’au bout. Mais Frazier est vainqueur par la décision des juges. Il devient alors le premier à battre Ali.
Ce dernier ne veut pas reconnaître sa défaite et cela va faire naître une grande rivalité entre les deux hommes.

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Une revanche est organisée en 1974, Ali se montre très insultant, il traite Frazier « d’ignare » mais aussi « d’oncle Tom », la pire insulte pour un noir américain (un oncle Tom étant un noir qui se complaît à servir les blancs).
Lors d’une émission télévisée, les deux hommes se battent devant les caméras.

La revanche a lieu, ce combat est moins intéressant que le premier. Tout d’abord parce qu’il n’y a pas de titre en jeu.
En effet, Frazier avait perdu sa ceinture face à George Foreman l’année précédente dans une défaite écrasante.
De plus, tout au long du combat, Ali saisit Frazier par la nuque pour le rabaisser et l’empêcher ainsi de boxer.
L’arbitre ne se montre pas assez rigide. Après un beau combat, Ali est vainqueur aux points et prend donc sa revanche.

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Frazier semble être sur le déclin alors qu’au contraire, Ali atteint son apogée la même année en battant George Foreman dans un immense combat, récupérant ainsi le titre mondial des lourds.

En 1975, Ali veut une fois pour toutes régler ses comptes avec Frazier et use de toutes les insultes et de toutes les provocations pour pousser Frazier à l’affronter. Le combat est donc organisé à Manille.

Ali atteint des sommets dans la provocation, en se montrant particulièrement cruel et insultant. Il continue de traiter Frazier « d’oncle Tom » mais le surnomme également « le Gorille ». Il va même jusqu'à frapper des peluches et des jouets en forme de singe en les comparants à Frazier.
Ce dernier est à bout, et Ali le harcèle de plus en plus et va même jusqu'à son hôtel pour le menacer avec une arme (qui était en fait un pistolet d’alarme).
Le champion redoute Frazier et cherche à le faire craquer. « Smoking Joe » s’isole alors dans une villa aux alentours de Manille et consacre chaque seconde à un entraînement ultra intensif.

Enfin, le combat arrive, Ali est le favori, pour la plupart il restera le champion. Ali affirme qu’il va assommer Frazier au cinquième round.
Ces prévisions sont confirmées par la presse et les spécialistes qui jugent Frazier comme un boxeur sur le déclin.
L’ambiance est électrique dans l’Araneta Coliseum, à 10 heures du matin (heure de Manille), dans un climat suffocant, une véritable fournaise atteignant 52 degrés selon les dires de Frazier (chiffre confirmé par certaines sources mais contredit par d’autres qui annoncent 38 degrés).
Pour Ali ce combat ne doit être qu’une formalité pourtant contrairement à son match face à Foreman il n’a pas la foule pour lui.
Le public acclame Frazier le boxeur modeste et se met à huer Ali pour son comportement et ses insultes envers le challenger.
Sur le ring, Ali se met à provoquer il s’empare dés le début de la coupe destinée au vainqueur, et attaque Frazier verbalement.
Soudain le gong résonne !

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Tout s’annonce facile pour Ali qui s’empare des premiers rounds et se montre particulièrement agressif envoyant des séries de coups à son adversaire. Plutôt que de « danser », il reste face à Frazier et l’attaque férocement.
A nouveau, il saisit Joe par la nuque, mais cette fois, l’arbitre ne laisse pas faire le champion et lui lance un avertissement.
De ce fait, Frazier se rapproche et touche sévèrement Ali. Mais ce dernier emploi la même méthode que face à George Foreman, il provoque Frazier et lui lance « Allez, vas y Joe, cogne ! ». Cependant, cela ne décourage pas Frazier qui continue d’avancer. Il surprend le champion en l’attaquant avec sa droite (Frazier ne se servant quasiment que de sa gauche habituellement) et il parvient ainsi à le coincer dans les cordes.
A ce moment-là, les insultes d’Ali lui reviennent en tête et il se déchaîne. Il ne vise pas la tête de son adversaire mais le corps, les reins, le cœur, le foie.
Pâle, grimaçant, Ali ne peut plus cacher l’énorme douleur engendrée par les coups de son adversaire. 

Frazier maintient son pressing jusqu’au douzième round, Ali couvert d’hématomes ne parvient presque plus à bouger.
Ce qui devait être une formalité devient le match le plus violent de l’histoire.

Frazier est lui aussi en difficulté, on ne le savait pas à l’époque mais depuis 1965, suite à un accident à l’entraînement, il ne voyait que partiellement de l’œil gauche. Durant l’affrontement, son œil droit se ferme petit à petit sous les coups d’Ali.

A la treizième reprise Ali, d’une droite, fait sauter le protège-dent de Frazier dans le public et envoie un véritable déluge de coups à son adversaire.
« Smoking Joe » ne parvient presque plus à envoyer de coups. Les yeux et la bouche en sang, Frazier ne veut pas abandonner, il est quasiment aveugle mais répond à l’appel du quatorzième round.
A nouveau, Ali donne tout ce qui lui reste d’énergie et lui envoie une pluie de coups. Malgré la multitude de frappes qu’il reçoit en plein visage Frazier ne s’effondre pas, il vacille mais ne pose pas un seul genou à terre.

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Il ne reste plus qu’un seul round, Eddie Futch, l’entraîneur de Frazier, veut arrêter mais « Smoking Joe », quasiment aveugle et le visage en sang, veut continuer. Futch doit lui arracher ses gants de force pour le pousser à abandonner.

Dans l’autre camp, d’après les témoignages, quand Ali s’est assis sur son tabouret, il a dit à son entraîneur Angelo Dundee « coupe mes gants », il voulait abandonner. Dundee allait s’exécuter mais quand il monta sur le ring, il vit Futch arracher les gants de Frazier. Ainsi, Ali a gagné le combat de quelques secondes seulement.

Frazier regagne le vestiaire hors de lui alors que Ali, pour la première fois, témoigne son respect envers son adversaire.
Plus tard, Ali présente des excuses au fils de Frazier, pour ses insultes. Cependant, « Smoking Joe » affirmera que c’est auprès de lui qu’Ali aurait du s’excuser, et il restera rancunier à jamais envers le champion.

Cette histoire exceptionnelle, fait donc l’objet de ce documentaire très réussi. Au programme, des images d’archives exceptionnelles.

Au niveau des interviews, on retrouve Joe Frazier, en 2009, âgé de 63 ans, qui raconte ses impressions. Il s’estime être le vainqueur de ce combat car il est en forme alors qu’Ali est atteint de la maladie Parkinson, « en punition de ce qu’il a fait et dit » selon Frazier. Pourtant, et malheureusement depuis cette entrevue, Frazier est décédé, alors qu’Ali est lui toujours vivant. Même dans la vie, Ali est celui qui l’a emporté.
Son comportement envers Frazier a été inqualifiable. Certains justifient ce comportement, prétextant que cela a offert au monde le combat le plus violent de l’histoire, d’autres le jugent inacceptable de la part d’un sportif.
Quoiqu’il en soit, Ali lui-même a reconnu ses erreurs et s’est souvent excusé de son comportement.

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Outre l’interview de Frazier, on trouve celle de son frère Tommy, de son fils Marvis et de sa femme Denise Menz ainsi que celle de plusieurs membres de son équipe, notamment Georgie Benton, son soigneur.

Il y a aussi un entretien avec Ferdie Pacheco le soigneur d’Ali, dont les commentaires prétentieux et irrespectueux peuvent agacer.
On a ensuite droit à l’interview de Larry Holmes et de spécialiste qui ont suivi l’événement de prés.

Tout cela donne donc lieu à une confrontation de points de vue différents et à un débat passionnant.

Seul bémol, des sous titres français parfois approximatifs, confondant notamment Knockout et Knockdown.

Bref, un des meilleurs documentaires jamais fait sur l’un des meilleurs combats de tous les temps, il surpasse peut-être même When We Were Kings.
A voir absolument pour tout ceux que l’histoire du sport intéresse, mais les autres devraient aussi y trouver leur compte.
Pour information, Ali vs Frazier, des coups au-delà du ring, est disponible en plusieurs parties et en version originale sous titrée français sur Dailymotion.
                

Note : 18/20


Thrilla In Manilla _ Ali Vs Frazier (le Doc) -- Part 4