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Genre : Drame

Année : 2009

Durée : 155min

L'histoire : Malik, jeune délinquant, est condamné à 6 ans de prison. Analphabète, inculte, il tombe sous la protection - et l'emprise - de César Luciani, un truand corse ayant son propre réseau dans la prison...

La critique de Borat

Vous vous souvenez de beaucoup de films carcéraux dans le cinéma français ? Non ? Bon, alors il faudra que vous reteniez Un prophète.
Car le film d'Audiard est une petite merveille.
Il n'y a pas à dire, c'est une réussite qui mérite donc amplement son grand prix au festival de Cannes et peut-être même la palme d'or. D'ailleurs en y repensant, le film d'Haneke a intérêt à être vraiment très bon !

Audiard a le mérite de montrer la prison telle qu'elle est: magouilles, insécurité, morts suspectes, drogues qui passent... Et tout ça, en étant réaliste.
Car ce qui fait la force d'Un prophète, c'est ce même réalisme. Tahar Rahim est vraiment excellent et a ici un premier rôle en béton.
Niels Arestrup aussi en parrain corse.
L'histoire est vraiment excellente et efficace. Tout d'abord, on ne nous précise pas pourquoi Malik se retrouve avec 6 ans de taule.

A part le chef qui lui dit "à part tabasser des flics", ce qu'on pourrait penser qu'il en a peut être tué un. Ensuite, on pourrait penser que son ascension ressemble à celle de Scarface mais Malik est plus attachant qu'un Tony Montana.
Ce qui est encore un point positif. De plus, la plupart des personnages secondaires sont tous aussi réussis.

La durée (2h29 quand même) n'enlève rien au charme du film, sinon de devenir encore plus passionnant. Certainement le polar de l'année même si c'en n'est pas vraiment un. Véritablement un très grand film.

Note:18/20

 

La critique d'Alice In Oliver:

Certes, depuis quelques années déjà, certaines critiques évoquent (à juste titre) un manque d'idées et une panne d'inspiration dans le cinéma français. Heureusement, certains films et réalisateurs échappent à cette règle. C'est par exemple le cas de Jacques Audiard.
Le réalisateur commence sa carrière dans le cinéma en tant que scénariste. On lui doit notamment le très surprenant Baxter. Jacques Audiard passe enfin derrière la caméra à partir de 1994 avec Regarde les hommes tomber. Pourtant, ce n'est qu'en 2005 qu'il obtient une certaine notoriété avec De battre mon coeur s'est arrêté.

Quatre ans plus tard, donc en 2009, Jacques Audiard obtient enfin la consécration avec Un Prophète. En effet, le long-métrage est présenté en compétition officielle au Festival de Cannes la même année et obtient le Grand Prix du Jury, une récompense entièrement méritée.
Mieux encore, lors de la cérémonie des Césars en 2010, Un Prophète remporte neuf récompenses, dont celles du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur montage, de la meilleure photographie et des meilleurs décors. Au niveau de la distribution, ce drame réunit Tahar Rahim, Niels Arestrup, Adel Bencherif, Hichem Yacoubi, Reda Kateb et Jean-Philippe Ricci.

 

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Clairement, ce long-métrage possède un scénario en or. Attention, SPOILERS ! Malik El Djebena, un jeune délinquant de 19 ans condamné à six ans de prison, est dès son arrivée en maison centrale contraint par un clan mafieux corse d'assassiner Reyeb, qui s'apprête à témoigner contre eux.
Il devient dès lors le protégé et le larbin de César Luciani qui contrôle l'ensemble de la prison, les petits et gros trafics, avec l'aide de surveillants soudoyés. Petit à petit, il gagne la confiance de César qui décide de lui confier un certain nombre de missions de renseignements et de transmission d'informations avec l'extérieur.

Certes, ce n'est pas la première fois que le cinéma s'intéresse de près à l'univers carcéral. Néanmoins, le portrait brossé par Jacques Audiard est d'un réalisme saisissant et à couper le souffle. Finalement, le film se concentre sur le parcours atypique de Malik El Djebena, un petit délinquant mais pas un truand non plus. Pourtant, son séjour en prison va devenir peu à peu un facteur d'ascension sociale dans le domaine de la criminalité et du grand banditisme.
En gros, ne vous attendez pas à un blockbuster hollywoodien sur fond d'évasion et de grands sentiments humains.

 

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Un Prophète reste avant tout un récit d'apprentissage, d'initiation et finalement de filiation. A ce sujet, Jacques Audiard décrit avec subtilité la relation qui se noue entre Malik et son mentor, César Luciani. Tout d'abord larbin, Malik va peu à peu gravir les échelons et devenir une sorte de leader du grand banditisme. Finalement, Un Prophète reste avant tout un film de gangsters mais s'apparente surtout à une tragédie humaine. L'univers carcéral est régi par la loi du plus fort.
Survivre signifie aussi appartenir à un clan. Dans ce monde enfermé, étriqué et étroit, l'argent continue de dicter sa loi et permet facilement d'acheter les gardiens.

Indéniablement, Jacques Audiard est fasciné par son héros principal. Néanmoins, le réalisateur n'en fait pas un héros pour autant, loin de là. Jacques Audiard décrit également un personnage violent, prêt à tuer pour assurer sa propre survie (en tout cas son intégration en prison) et capable de prendre les armes pour parvenir à ses fins. D'une certaine façon, Malik n'est pas sans rappeler le héros de Scarface, mais avec moins de poudre dans le nez et en plus modéré tout de même !
C'est aussi un personnage désabusé et poursuivi par ses propres démons. Finalement, son premier meurtre deviendra une cicatrice indélébile, tel un fantôme qui surgit du passé. A partir de là, Jacques Audiard décrit un univers terrifiant, et le film fonctionne (encore une fois) comme une sorte de huis clos où ne règne que la solitude. Un coup de maître dans son genre.

Note: 18/20 (tout comme Borat)